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Le blog de l'imam Abdallah (Valence-France)

Le blog de l'imam Abdallah (Valence-France)

Simplifier l'islam pour les francophones

Témoignage d'une convertie et relation avec les parents

De mon enfance

As-salam aleykoum wa rahmatullah wa barakatuh. Je me présente le prénom que j'ai choisi pour marquer symboliquement ma reconversion à l'Islam est Dîna et celui que m’a donné mes parents à ma naissance est J. Je suis née dans une famille modeste, dans la banlieue lyonnaise. Mes parents se sont séparés alors que je venais tout juste de souffler ma première bougie. Ma maman, qu’Allah la protège et la guide, a toujours tout fait pour que nous soyons à l’abri du besoin: beaux vêtements, beaux jouets, beaux repas… Ayant elle-même grandi dans la précarité auprès de parents quelque peu négligents et entourés de cinq frères et sœurs, elle s’est pliée en quatre pour nous offrir ce qu‘elle pensait être essentiel à notre bonheur.

Malgré tout, je garde de mon enfance un souvenir amer. Au niveau matériel, nous ne manquions de rien al hamdulillah. En revanche, au niveau affectif, je ne peux pas dire que nous ayons été comblés. Ma mère était souvent malade, trop préoccupée par les affaires de ce bas-monde, trop fragilisée par les épreuves de la vie et Dieu sait qu'elle en a subies. Du coup, nous avons, mes frères et moi, transité en foyer, chez ma tante, ma grand-mère pendant que notre maman se battait avec ses vieux démons. Quand on était réunis à la maison, le climat n'était pas vraiment à l'apaisement: factures non payées, dettes, stress, conflits, cris... Inévitablement, mes grands frères et moi nous inquiétions de ses ennuis et partagions ses souffrances...

Pour moi qui n’ai connu que ça pendant des années, j’ai longtemps cru qu’il s’agissait de la normalité, le schéma classique qui régnait dans toutes les familles. Quand j‘entrai dans l‘adolescence, ma mère et moi ne faisions que nous éloigner davantage. Je lui en voulais tellement de se rendre malheureuse pour des choses non essentielles. Elle, regrettait que je sois différente d’elle: plus réservée, moins pimpante, je rêvais d'idéalisme et d’ailleurs. Mais j’étais bel et bien à la maison et nos relations ont été parfois explosives. Je le regrette aujourd’hui et j’essaie de me faire pardonner chaque fois que je peux.

Mes origines juives: mon lot de réconfort pour un temps

La seule chose qui nous rapprochait un peu c’était la religion: ma mère est juive séfarade par sa maman. Ma grand-mère est née à Sétif en Algérie, dans une famille très respectueuse de la religion du Livre. Son grand malheur, à mon sens, a été de se marier avec un Français qui l’a emmenée à Lyon et a exigé d’elle qu’elle mette de côté sa religion. L’éducation religieuse qu’a reçue ma mère était donc très pauvre, mais malgré tout, il restait une dimension culturelle importante.

Au moment du décès de ma grand-mère, ma mère a décidé de se rapprocher un peu du Judaïsme. Il s’agissait pour elle de faire revivre le souvenir de sa mère. Pour moi qui l’ai suivie tout naturellement dans sa pratique naissante, c‘était cette envie d‘ailleurs qui se concrétisait. Je découvrais enfin autre chose: le jeûne, le repli dans un lieu d‘adoration, la quête de spiritualité. Je me mis donc à lire quelques livres sur le Judaïsme pour comprendre mieux ce qui m’attirait. Et puis plus rien…

Je ne sais pas comment l’expliquer mais mon engouement apparu soudainement s’est tout aussi vite essoufflé ; je retombais dans l’aspect culturel et identitaire: j’étais juive, je portais une belle étoile David en or 17 carats, c’était pour moi une manière de m’affirmer, d’être différente. Mais sans plus. Je n’étais pas convaincue, peut-être parce que la communauté juive que je rencontrais à la synagogue ne correspondait pas à ce que je recherchais; ils ne me ressemblaient pas et je ne voulais pas leur ressembler. En disant cela, je tiens à préciser que je ne porte aucun jugement de valeur sur la communauté juive. J’apprécie toute personne juste, qu’importe d’où elle vient et qui elle est, et puis de toute manière je ne suis personne pour juger; je pense juste que le destin prévoyait autre chose

pour moi. Les quelques personnes de confession juive que j’ai rencontrées à la synagogue ne m’ont pas permis d’entretenir et d’aviver ma foi naissante. Ma soumission à Dieu devait se faire dans d’autres conditions, tout simplement.

La quête de la sérénité familiale grâce à l'Islam

Après le bac, j'ai été sélectionnée pour rentrer en prépa HEC dans un établissement situé en centre ville. Le rythme était très soutenu alors ma mère a accepté (après de longues et âpres négociations) que je quitte le domicile familiale pour prendre une chambre étudiante. Ces deux années d’études ont été très difficiles. Je pensais que m’émanciper de ma famille m’aiderait à aller mieux mais j’étais au plus mal. Heureusement c'est aussi à cette période que j'ai rencontré dans ma résidence des musulmans simples, honnêtes et avec une force de caractère remarquable qui ont ouvert mon cœur à l'Islam et m'ont montré que la bonne entente avec nos parents -nos géniteurs- s'obtenait plus aisément dans la soumission à Notre Créateur. En effet, il régnait dans leurs familles respectives une ambiance tout à fait différente de chez moi: le rappel de Dieu y était présent mais surtout, ce qui me sautait aux yeux c'est que la paix, la sérénité, un respect sans faille et une extrême solidarité semblaient faire partie du quotidien... Comment ne pas être heureux dans de telles conditions? Dans mon cœur, tout devenait de plus en plus clair: je voulais être musulmane, et je l’étais déjà d’une certaine manière.

Mais ma tête me disait le contraire: comment allait réagir ma mère, pour elle qui était si fragile, ma reconversion allait être une véritable catastrophe, un affront, une trahison à nos origines… Je décidai donc de m’armer de patience et d’en apprendre davantage sur l’Islam: j’augmentais mon courage en lisant des livres sur les premiers musulmans reconvertis qui avaient dû endurer la torture, souffrir le martyre ou affronter la mort de près pour enfin pouvoir vivre en paix avec leur nouvelle religion ; j’apprenais quelques sourates en vue d’une future pratique et je parcourais le Coran afin de m'imprégner de la spiritualité musulmane et afin d’être prête et ferme le jour où je devrais affronter les réticences de mes proches non musulmans et tout particulièrement de ma maman.

Ma reconversion à l’Islam, ma renaissance

Et puis le jour est venu où je me suis sentie prête : en présence de deux témoins musulmans, j’ai récité la Shahâda, chez moi, après avoir pris un bain avec l'intention d'embrasser l'Islam. Même si dans mon cœur j’étais musulmane depuis un moment, j’étais heureuse et soulagée de pouvoir enfin préciser ce désir qui devenait un besoin. Concrètement, mes fautes passées étaient effacées et je pouvais repartir sur de bonnes bases en adorant mon Seigneur en conformité avec Sa parole que je découvrais depuis quelques temps. Je devenais musulmane, enfin, avec l’aide d’Allah. J’étais Jessica Dîna. Je restais et je reste Jessica car je n’ai pas honte de mon passé. J’ai fait des erreurs, certes, et je les regrette aujourd’hui mais grâce à Allah qui veillait sur moi (J = « Dieu te regarde » en hébreu), ces erreurs ont aussi fait que je suis devenue D (de l'arabe « din », « soumission à Allah » en arabe). Ce passé, je ne l'oublie pas mais j'ai refusé d'en être prisonnière et je continue d'y puiser la force pour me forger le plus bel avenir in shâ Allah. 'Umar ibn al-Khattâb, radiAllah anhu, n'a-t-il pas dit : « Parfois les personnes avec le plus mauvais passé sont celles qui ont le plus beau futur ». J'espère que cette sagesse de celui qui a été le deuxième Calife bien guidé de l'Islam collera à ce qu'Allah a décidé pour moi...

Mon combat de reconvertie

Si l'Islam me rendait heureuse en comblant petit à petit ce vide qui m'avait habitée si longtemps, avec ma mère, en revanche, c’était une autre paire de manches. Je n'ai pas pu lui cacher bien longtemps ma reconversion étant donné que moins de trois mois après, nous entrions dans le mois de Ramadhân. Je jeûnais donc de l'aube au coucher du soleil et cela était pour le moins visible à l'heure des repas... !

J'ai donc dû prendre mon courage à deux mains et le lui annoncer. En apprenant la nouvelle, elle a été plus que réticente : elle a ri nerveusement croyant à une mauvaise blague puis comprenant que ce n’était pas le cas elle n’a plus voulu m'adresser la parole. J’essayais de lui expliquer que ma reconversion m‘apaisait le cœur et ne changerait rien à notre relation, mais elle ne voulait rien savoir. Pour elle c’était sûr et certain: j’avais été embobinée ! En plus, la mauvaise couverture médiatique de l’Islam n’arrangeait pas mon affaire. Si j’avais voulu me reconvertir, c’était certainement sous l’influence d’un homme manipulateur et sexiste qui me conduisait tout droit à une pratique extrémiste…Et puis le temps est passé...

Il y a eu des moments très difficiles je ne le cache pas: apprendre, par exemple, que j'accomplissais la salât (après un an de prières clandestines) a été pour elle la preuve que je devenais extrémiste; cela l’a beaucoup affectée. Mon mariage religieux, c’est-à-dire en présence d’un imam et d’autres hommes de la mosquée, à l’écart des femmes, c‘était trop pour elle. Au moment où la Fatiha a été récitée, elle a fondu en larmes et est sortie... A l'époque, je lui en ai un peu voulu de « gâcher » mon mariage mais à sa décharge, il faut dire que tout cela était très loin de son mode de vie et de tout ce qu'elle connaissait, ce n'était donc pas évident du tout pour elle de comprendre et ce, malgré nos longues conversations au cours desquelles je tentais de lui expliquer que toutes ces pratiques relevaient de croyances personnelles -d'une foi intime en Dieu- qui m'appaisaient intérieurement, embellissaient mon comportement et mon caractère et ne changeraient pas notre relation, si ce n'est en bien.

Je pense que ce qui l’embêtait le plus au final, c’était le regard des autres. Parce qu’elle remarquait que j'étais bien mieux dans ma peau depuis ma reconversion; d’ailleurs personne n'aurait pu le nier, c’était tellement évident! Mais elle avait peur de ce que les gens penseraient de nous: une famille qui se proclame juive haut et fort depuis toujours et dont la petite dernière s’est reconvertie à l’Islam, LA religion ennemie dont M6 et BFMTV nous montrent les victimes chaque jour… C’est là le problème de notre société d'apparences qui nous rend prêts à sacrifier le bonheur de nos proches sur l'autel du qu'en dira-t'-on. Avec le recul, je comprends la détresse qui a été la sienne, je sais qu'elle a dû essuyer de nombreuses remarques désobligentes à mon sujet et pour une mère qui a élevé seule ses trois enfants, cela a dû être très dur à supporter...Mais malheureusement pour moi ce que les gens lui envoyaient comme méchancetés, c'est moi qui en faisais les frais à la maison : elle me faisait comprendre que je lui faisais honte et me disait qu'elle regrettait de m'avoir mise au monde...

Aujourd'hui, cinq ans après ma reconversion, beaucoup de choses ont changé et notre relation est au beau fixe al hamdulillah! Nous nous entendons beaucoup mieux et nous avons même résolu nos problèmes de démonstration affective. Jusque là, nous ne savions nous exprimer notre amour que par le biais de présents et petites attentions en tous genres ; désormais et pour la première fois de mon existence, elle me dit et elle me répète que je suis la plus belle chose qui lui soit arrivée, qu'elle espère que j'aurai des enfants qui me ressemblent... Je me prête également avec plaisir à cette nouvelle expérience des déclarations pleines de tendresse et d'amour et je peux vous dire que cela nous comble autant l'une que l'autre ! Cet apaisement dans notre relation mère-fille je crois que nous le devons à une chose toute simple : elle, a enfin ce dont une maman rêve : elle sait sa fille heureuse. Et j'ai tout ce qu'une fille attend de sa maman : la savoir fière de moi !

Désormais, face à l'ignorance des gens, elle me défend et elle présente l'Islam comme une religion qui apporte des valeurs humaines précieuses, comme un îlot de solidarité humaine et d'intégrité dans un océan d'individualisme et de malhonnêteté...

Désormais elle parle de mon mari comme d'un homme extraordinaire alors que le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle a eu beaucoup d'appréhensions à son sujet au début.

Désormais, elle qui est si généreuse, elle me prépare le souhour lorsque je jeûne; elle qui est si élégante, elle cherche pour moi des tenues adaptées à mon nouveau style vestimentaire; elle qui est si attentionnée, elle prend soin de contrôler la composition des aliments qu'elle prépare pour moi; elle qui refuse les amalgames, elle me pose parfois des questions sur l'Islam...

Grâce à Allah qui est Celui qui exauce, elle s'est enfin rendu compte que l'Islam a été ma libération

et désormais, si je multiplie les invocations, c'est pour qu'elle envisage un jour d'en faire la sienne...

Ô que j'aimerais que son cœur s'apaise et qu'elle goûte à la douceur de la foi... Ô que j'aimerais devenir pour elle chaque jour meilleure, être la fille la plus aimante et reconnaissante qui soit.

In shâ Allah. Voilà mon histoire en résumé. Et même si dans un premier temps mon bonheur a pu apparaître un peu entaché par les réticences de ma maman, je vous assure que ce n’est rien quant à tout ce que cela m'a apporté depuis le premier jour où mon cœur s'est ouvert à l'Islam. Je me sens enfin libre et à l’abri des malheurs car depuis que je suis musulmane je bénéficie de la meilleure des protections qui soit: ma foi en Allah. Il m'a formée et continue de me former après m'avoir réformée, Il m'a permis de prendre force dans Sa force, Il m'a sécurisée, Il m'a facilité les épreuves, Il m'a entourée de frères et soeurs fillah d'une grande valeur, Il me rapproche de tous mes frères et sœurs en humanité, Il m'aide à corriger mes défauts et à sublimer mes qualités et je ne désespère pas qu’Il me guide encore afin que peu à peu mon bonheur ouvre les yeux de ceux que j’aime parmi mes proches non musulmans. À vous mes frères et sœurs qui êtes au début de votre cheminement spirituel, ne vous faites pas trop de soucis car Dieu est Grand et en faisant un pas vers Lui, Il en fera dix vers vous. En plaçant votre confiance en Lui, Il vous facilitera assurément ! Courage, je suis de tout cœur avec vous!

As-salam aleykoum wa rahmatullah wa barakatuh,

votre sœur J. D.

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